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Comment Franco Collé a remporté son quatrième titre TOR330

En septembre 2023, le spécialiste italien de la montagne, Franco Collé, a inscrit son nom dans la légende en remportant pour la quatrième fois cette épreuve mythique de 330 kilomètres qui traverse les Alpes italiennes. Il a franchi la ligne d'arrivée à Courmayeur en 66 heures, 39 minutes et 16 secondes, offrant une véritable leçon de gestion de l'effort, de force mentale et de maîtrise du moment opportun. Cet article retrace le parcours de Collé, détaille les difficultés de la TOR330, analyse sa stratégie de course et décrit son entraînement hivernal et estival qui lui permet d'enchaîner 24 000 mètres de dénivelé positif avec un minimum de sommeil.

Qui est Franco Collé ?

Pour comprendre comment un coureur peut remporter une course de montagne de 330 kilomètres, il faut s'intéresser à ses origines. Franco Collé a grandi au pied des Alpes et est un alpiniste dans l'âme.

Des sports de montagne à l'ultra-trail

Collé est originaire de Gressoney, dans la Vallée d'Aoste ; les Alpes étaient donc pour lui un terrain de jeu naturel. Avant d'être connu pour ses exploits en ultra-trail, il pratiquait déjà assidûment le ski de randonnée et le skyrunning. L'hiver, il gravissait des pentes glacées à peaux de phoque ; l'été, il arpentait les crêtes escarpées. Cette combinaison d'activités lui a permis de développer une endurance exceptionnelle et une compréhension instinctive du terrain montagneux.

Passer à la course de trail ultra-distance était une suite logique. Les coureurs sur route sont souvent mis à rude épreuve par les impacts répétés dans les descentes et la technicité du terrain, mais grâce à son expérience en ski-alpinisme, les quadriceps de Collé étaient déjà préparés aux longues descentes et son système cardiovasculaire était parfaitement adapté à l'air raréfié en altitude.

Son parcours vers quatre victoires au TOR330

Le lien qui unit Collé au Tor des Géants s'est construit sur plus d'une décennie. Il a remporté sa première victoire en 2014, est revenu sur la plus haute marche du podium en 2018 et a établi un nouveau record du parcours en 2021 avec un temps de 66 heures et 43 minutes.

Sa victoire en 2023 lui a permis de remporter son quatrième titre au TOR330, un record qui témoigne non seulement de ses capacités physiques exceptionnelles, mais aussi de sa parfaite connaissance du parcours. Rares sont les coureurs à avoir fait preuve d'une telle régularité sur une course où les conditions météorologiques, la fatigue et la technicité du terrain contraignent nombre d'athlètes expérimentés à abandonner.

Aperçu du sentier :

Quiconque a déjà passé un week-end pluvieux et boueux dans le Lake District ou participé au Lakeland 100 sait à quel point l'orientation de nuit peut être éprouvante. Imaginez maintenant une ascension dix fois plus difficile, des pentes détrempées remplacées par du granit acéré à 3 000 mètres d'altitude, et tentez de vous en sortir avec seulement quelques heures de repos réparties sur trois jours.

Pourquoi le TOR330 est-il si difficile à utiliser ?

Le Tor des Géants est une véritable expédition qui fait le tour complet de la Vallée d'Aoste. Voici ce qui la place parmi les épreuves d'endurance les plus difficiles au monde.

330 kilomètres à travers la vallée d'Aoste

Le parcours serpente à travers d'innombrables cols, dominés par quatre géants alpins : le Mont Blanc, le Mont Rose, le Cervin et le Grand Paradis. Long de 330 km (environ 205 miles), il ne comporte aucune étape obligatoire. Vous êtes entièrement responsable de votre navigation, de la gestion de votre sommeil et de votre rythme, du départ jusqu'à l'arrivée.

Environ 24 000 mètres de dénivelé positif

Pour vous donner une idée de ce que représentent 24 000 mètres de dénivelé positif, c'est comme gravir l'Everest depuis le niveau de la mer près de trois fois. Le parcours vous impose 25 cols à plus de 2 000 mètres d'altitude : des ascensions brutales, chacune suivie d'une descente technique qui met vos jambes à rude épreuve.

Terrain technique, course de nuit et météo changeante

Le terrain du TOR330 est extrêmement varié : tantôt singletrack lisse, tantôt éboulis, champs de blocs et crêtes exposées équipées de cordes fixes. Et la météo de mi-septembre n'arrange rien. Le temps peut changer en quelques heures. On transpire dans la vallée, puis on se retrouve au col Malatrà, à près de 3 000 mètres d'altitude, en plein blizzard et par un froid glacial. Ajoutez à cela deux ou trois nuits de course dans le noir, éclairé seulement par une lampe frontale, et le risque de se tromper de chemin ou de perdre sa concentration devient très élevé, très rapidement.

Indicateur clé de la course

Spécifications du TOR330

Équivalent dans le monde réel

Distance totale

330 km (205 miles)

De Londres à Cardiff, entièrement par des sentiers de montagne

Gain d'altitude

~24 000 m (+78 700 pi)

L'ascension du mont Everest près de 3 fois

Point culminant

Col Malatrà (2 925 m)

Plus du double du Ben Nevis (1 345 m)

Temps moyen

100 à 130 heures

4 à 5,5 jours de mouvement quasi continu

Comment Franco Collé a remporté le TOR330 2023

L'édition 2023 a été une véritable leçon de patience, de résilience mentale et de maîtrise des moindres détails sous une pression intense.

De retour après son abandon en 2022

En 2022, Collé dut abandonner à mi-saison, victime d'une blessure et d'un épuisement extrême – un coup dur, surtout à domicile. À son retour à Courmayeur en 2023, il était animé d'une détermination sans faille. Il avait à cœur de prouver sa valeur, à lui-même autant qu'aux autres, qu'il pouvait encore tenir la distance après la déception de l'année précédente. Comme le remarqua la presse, ce retour était motivé par une réelle volonté de redresser la barre.

Partager le rôle principal avec Romain Olivier

Durant la première moitié de la course, Collé a longuement couru aux côtés de l'ultra-traileur français Romain Olivier. Au lieu de s'affronter dès le début et de s'épuiser, ils ont noué une alliance tacite sur le parcours, se relayant en tête lors des passages nocturnes difficiles et maintenant un rythme soutenu pour les autres coureurs.

Il passe à l'action en seconde période

Le tournant décisif s'est produit à mi-parcours, au refuge Donnas. Collé, fort de sa connaissance du terrain et de sa capacité à récupérer rapidement après les arrêts, a commencé à creuser l'écart. Tandis qu'Olivier commençait à accuser le rythme, Collé a continué sur sa lancée, franchissant les cols techniques de la seconde moitié de course et portant l'écart à plus d'une heure.

Terminé en 66 heures, 39 minutes et 16 secondes

Collé a franchi la ligne d'arrivée à Courmayeur sous les acclamations d'une foule en délire, arrêtant le chronomètre à 66:39:16. Cela lui a permis de retrancher plus de quatre minutes à son précédent record sur ce parcours établi en 2021 (66:43:57), signant ainsi le temps le plus rapide de l'histoire de la course – preuve qu'au plus haut niveau de l'ultra-trail en montagne, l'expérience et une course plus intelligente peuvent encore vous rendre plus rapide.

Franco Collé crossing the TOR330 finish in Courmayeur

Comment il s'est entraîné pour une course de montagne de 330 km

Remporter une épreuve comme la TOR330 nécessite un plan d'entraînement périodisé qui combine un volume important de ski-alpinisme hivernal avec des blocs de course à pied en altitude en été.

Développer son endurance hivernale grâce au ski

Collé n'accumule pas les kilomètres toute l'année. Durant l'hiver, de décembre à mars, il se consacre presque exclusivement au ski-alpinisme. Cette activité développe son endurance cardiovasculaire et renforce ses fessiers et ses mollets, le tout sans les impacts importants sur ses articulations liés aux longues marches.

Augmenter progressivement le volume et le dénivelé de la course

Lorsque la neige commence à fondre à la fin du printemps, Collé reprend progressivement le trail, augmentant petit à petit la distance et le dénivelé hebdomadaires. La vitesse ou l'allure pure ne l'intéressent pas ; ce qui compte pour lui, c'est le temps passé à courir et le dénivelé positif cumulé chaque semaine.

À quoi ressemblaient ses semaines d'entraînement optimales

Durant sa période d'entraînement estivale la plus intense (6 à 8 semaines avant le TOR330), le programme d'entraînement de Collé reflète une spécificité extrême de la montagne :

  • Gain vertical hebdomadaire : Dénivelé positif de 10 000 m à 15 000 m.

  • Deux longues journées consécutives : Sorties en montagne de 6 à 8 heures sur plusieurs jours consécutifs, avec un sac à dos de course complet.

  • Séances de simulation nocturnes : Des séances en montagne tard dans la nuit ou tôt le matin pour habituer ses yeux et son système nerveux à la navigation à la lampe frontale.

  • Brouillage technique : S'entraîner à descendre rapidement sur des éboulis meubles pour maintenir la résistance des quadriceps et la vitesse des pieds.

La stratégie de course derrière sa quatrième victoire

La simple forme physique ne vous permettra pas d'atteindre Courmayeur. Le TOR330 est avant tout une question de gestion : gestion du rythme, de l'alimentation, du sommeil et du matériel.

Gérer l'effort plutôt que de rechercher la vitesse initiale

La règle principale de Collé est de ne jamais se fatiguer inutilement dans les 100 premiers kilomètres. Alors que les athlètes plus jeunes ou moins expérimentés partent souvent trop vite de Courmayeur, Collé utilise un capteur de puissance ou un cardiofréquencemètre, ainsi qu'une évaluation précise de son niveau d'effort perçu (RPE), pour s'assurer que son effort dans les premières ascensions reste bien en dessous de son seuil lactique.

Alimentation et hydratation pendant le TOR330

Lors d'une course de 66 heures, les problèmes digestifs sont la principale cause d'abandon. Collé s'en tient à une recette éprouvée. Aux bases, il se nourrit correctement : polenta, bouillon chaud, pâtes, prosciutto, fromages locaux. Sur le parcours, il privilégie les glucides liquides, les gels et les électrolytes. Il maintient son apport en glucides constant heure après heure et évite tout déficit calorique.

Gérer la fatigue sans dormir

Durant les 66 heures de son effort, Collé a passé moins de deux heures dans les bases, limitant au maximum les changements d'équipement et les ravitaillements. En 2023, il n'a pas dormi du tout. Aux points de contrôle clés, il fermait simplement les yeux pendant une quarantaine de secondes, comptait mentalement de un à quarante pour leur accorder un bref repos, puis les rouvrait et reprenait sa course.

TOR330 night running with Franco Collé in the Alps

Ajustement du plan au fur et à mesure du déroulement de la course

Aucune course de 330 kilomètres ne se déroule jamais exactement comme prévu. Qu'il s'agisse d'une douleur musculaire, d'une nausée ou d'une averse soudaine en altitude, le plus grand atout de Collé est sa capacité d'adaptation.Lorsque le temps s'est gâté, il s'est changé rapidement aux points de ravitaillement. Quand la fatigue s'est fait sentir, il a ralenti le rythme des ascensions juste assez pour laisser son estomac se reposer et digérer un peu, sans que l'effort ne le perturbe.

Conclusion

La quatrième victoire de Collé au TOR330 en 2023 n'était pas le fruit du hasard. Elle était le résultat d'années d'expérience, d'une préparation minutieuse et d'une parfaite maîtrise du cyclisme en montagne. Il a combiné le ski-alpinisme hivernal avec un entraînement intensif en montagne durant l'été, et le jour de la course, il a su gérer son rythme et ses décisions avec brio. C'est ce qui lui a permis de parcourir 330 kilomètres sur un terrain extrêmement difficile.

Mais au-delà du record, sa performance révèle ce qui caractérise la course de montagne longue distance. Il ne s'agit pas seulement de condition physique. Il s'agit d'analyser la situation, de faire preuve de patience et de gérer le flot incessant de difficultés qui s'accumulent au fil des jours en montagne.

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